mardi 27 septembre 2016

Loups des Steppes





Il aura fallu une bonne dose d'acharnement pour caler enfin ce week-end de randonnée ensemble. Repoussée deux fois, la date s'intercala par le plus heureux des hasards par deux jours promettant d'être ensoleillés. Sans oublier les neiges des jours précédents censées coiffer les hauts sommets que nous allâmes tutoyer…

Coordonner du monde prend du temps : aussi ne sommes nous réduits qu'à un cheptel de Loups de Midgard : Loreley et Erda, Yngmar, Osbern et Aedan.

Notre groupe de randonneurs du Temps

Après un décollage peu ou prou matinal pour tous, nous voilà au cœur de l'Oisans un samedi matin. Cette contrée offre des paysages basculant entre le grandiose et l'irréel, choisie tout spécialement pour l'occasion. Le plateau d'Emparis, notre objectif, nous écrase de son volume massif, nous autres blottis en contrebas au village de Besse, point de départ.

Tout le monde harnaché et équipé, nous partons à l'attaque des hauteurs en remontant un vallon taillant vers l'Est, à l'assaut de la pente Nord du plateau. Le ruisseau, puis la bétulaie aux troncs striés laisse place à l'alpage jaunâtre qui nous accompagnera sur des kilomètres…

Le rendez-vous avec la steppe.

L'aridité & la glace définissent ce paysage de steppe survolé par les faucons



Mais la montée, d'environ trois heures au total, n'est pas finie. Tandis que certains grimpent allègrement, d'autres peinent. Il est un moment – surtout au début des marches – où le corps s'adapte, et maudit à peu près toute la création : les neuf mondes, soi-même, les autres et l'idée saugrenue d'aller marcher en tenue au fond du monde sur une montagne pelée…



Enfin, le Vent des Cimes nous caresse puis nous emporte tandis que l'ardoise montre à ciel ouvert ses arrêtes écorchées : nous sommes sur le plateau.


A l'abri du vent dans cabane de berger en ruine, c'est le moment de s'arrêter et de procéder aux traditionnels « échanges de fromages » entre amateurs. Le vent, glacial, nous enveloppe dès que nous posons un pas hors de la cabane.


Nous repartons. Il s'agit de gagner le refuge choisi pour la nuit afin de poser nos pénates et d'être plus libres de nos sacs à dos pour explorer le plateau plus avant – notamment les lacs. Les membres ayant préféré les chaussures de randonnée moderne pour la montée troquent ces dernières contre le modèle historique pour fouler l'alpage du plateau, fouettés par le vent.














Un paysage digne du Rohan s'étale sous nos yeux… le velouté des reliefs adoucis par l'alpage jauni en cette fin de saison est strié d'un ruz serpentant paresseusement. Au-delà, vers le Sud, s'étale la Meije, son râteau, le glacier de la Girose, du Tabuchet, surplombé par la déchirure que forme la station des 2 Alpes…
L'incroyable relief de glace flirte avec les cieux, au-delà des 3600m.
Au Nord, les nues enveloppent les Aiguilles d'Arve, côté Maurienne, que nous aurons l'occasion de voir plus tard.


L'Oisans, cette curiosité géologique, ce terrain de jeux...

Traversée d'un gué en sautillant précautionneusement sur les roches, ascension douloureuse : nous voilà au point de chute de ce soir ! Choisi avec soin, il offre une vue grandiose sur la Meije. C'est la pause-bière avant de repartir. Yngmar, Aedan et Loreley ne dorment en effet pas sur place et il est déjà temps pour eux d'envisager le retour. Nous (Osbern et Erda) les accompagnons jusqu'à une bifurcation.


Pour nous, le soleil est encore haut, et la fin de journée pleine de promesses : nous tentons la petite montée pour atteindre le plateau avec les lacs. Au refuge, on nous a conseillé de bien ouvrir les yeux à côté des sentiers…

Et cela ne loupe pas… Sous le regard des hauts sommets, nous foulons un véritable champ d'edelweiss. Exclamations de joie, examen minutieux des spécimens pour ces deux aficionados de botanique que nous sommes.

Les "étoiles d'argent" qui égaient l'alpage doré...

Les lacs sont pour certains partiellement à sec, mais le Lac Noir nous offre toute la noirceur de ses eaux miroir, qui reflètent intégralement cieux et montagnes dès lors que le vent cesse de le rider. Un vrai régal pour les yeux…

Se perdre dans un Ailleurs, mille ans en arrière...

Nous quittons le sentier et nous perdons joyeusement dans l'aridité de l'alpage parsemé d'étoiles d'argent… Jusqu'à une descente hésitante dans des rochers pour finalement regagner le sentier. Le soleil, après avoir inondé d'orange et de pourpre les collines et vallées, tire sa révérence. Et c'est au bord de la nuit que nous arrivons enfin au refuge, où la soirée s'égaiera de discussions avec les randonneurs curieux autour d'un vin.


Le lendemain, l'appel de la steppe reprend. Après être partis admirer le soleil levant au bord du gouffre qui plonge directement dans la vallée de l'Oisans, nous empaquetons les affaires et reprenons la route.


Osbern porte son regard vers l'Est. Espérer l'Horizon : à défaut, l'incarner.

La descente prend bien aussi trois heures en empruntant un autre chemin qui suit le GR un moment avant de bifurquer dans l'ombre agréable et fraîche d'une forêt de mélèzes. Nous laissons derrière nous les alpages dorés agrémentés de plaques rougeoyantes des buissons de myrtilles. La laborieuse descente, où nous observons de haut un renard touffu se mettre à l'abri, nous mène enfin à la civilisation et à l'an deux mil seize.

Merci à tous les membres ayant joué le jeu & venus randonner pour cette formidable excursion complètement hors du temps.

Photos par Lorelyne Photography & Ysambre Fauntography